50 ième anniversaire / 2009
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Capsules historiques - Quand on allait en ville...

Quand on allait en ville...

... il y a 60 ans !!!

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Une brève récollection du périple que constituait pour un garçonnet de dix ans
un déplacement Dorval-Montréal, aller et retour.
Denis Latour ,Dorval, Québec.
Novembre 1986. ( Avec la permission de l'auteur )


De nos jours, pour un jeune d'une dizaine d'années, entreprendre un voyage
aller-retour dans la même journée de Montréal à Ottawa ou à Québec, en
auto, c'est quelque chose de bien ordinaire, mais, pour l'auteur qui avait cet âge,
aller à Montréal, en tramway, c'était toute une randonnée!

Citoyen de Dorval depuis ma plus tendre enfance, pendant plus de dix ans,
je demeurai sur le Lakeshore Drive car à l'époque, ça s'appelait la rue
St-Joseph, dans la partie est, à l'endroit même où sont établies les
ENTREPRISES VALES, spécialistes en travaux de chemins de fer, etc... Est-ce
superflu de dire que bien avant leur arrivée dans cette maison, qu'un jeune
garçon s'amusait déjà avec son train électrique "Lionel Scout" dans une des
nombreuses pièces du deuxième étage.

A cette époque, Dorval était desservi par les trains de banlieue des deux
sociétés ferroviaires et par un service d'autobus de la Compagnie de
Transport Provincial. Comme nous étions loin des gares, il n'était pas
question de prendre le train; l'autobus CTP c'était assez dispendieux et
plus mélangeant pour quelqu'un qui ne connaissait pas bien la ville, comme
c'était le cas chez-nous  alors il nous restait le tramway! J'avais
bien appris mes lignes de tramways et d'autobus avant mon catéchisme,
cependant, je n'avais pas atteint l'âge où je pouvais me permettre de
guider ou de donner des conseils, encore moins à mes parents.
Demain, c'est congé d'école et maman nous amène, mon frère et moi,
magasiner chez DUPUIS ET FRERES .C'est une tradition, c'est le magasin
de la famille canadienne-française et comme la publicité de la maison le
souligne "Achète bien qui achète chez Dupuis!" Nous avons bien hâte de
partir car pour nous les jeunes c'est tout un périple et pour moi en
particulier, le long voyage en tramway aura probablement plus d'importance
que ce qu'on m'achètera.
Enfin demain est arrivé et nous voici prêts à partir. D'abord, c'est une
longue marche car le "p'tit char" ne se rend pas à Dorval et  "Dorval
Bus Line" n'existe pas encore. Passé la rue St-Charles, nous empruntons le
trottoir de bois qui nous amène jusqu'aux limites de Lachine. Arrivés à la
56ième avenue, nous remarquons l'arrière du tramway qui s'efface derrière
les maisons  nous l'avons manqué. Rien ne sert de courir, nous prenons
notre temps sachant qu'il reviendra bientôt. L'attente me permettra d'essayer
de lire les nombreux "graffiti" qui décorent l'abri. Le voici, on le
voit pointer à l'horizon dans le secteur de la 40e avenue, le tramway crème
à deux perches et ses gros phares! Aujourd'hui, c'est le 2001 qui effectue
le circuit LACHINE EXTENSION 92; le temps de changer les perches et la
manette de contrôle . L'opérateur, un monsieur Gauthier, qui semble connaître
tous les passagers étant donné son affectation presque quotidienne sur
ce parcours nous impressionne beaucoup' avec son uniforme en serge bleu
marin et sa casquette comme un conducteur de train. C'est bien important
que nous déposions nos billets nous-mêmes dans la boîte de perception,
cependant, maman fait bien de garder les correspondances. Prenant place
vers l'avant, ma curiosité est attirée vers les différentes plaques mentionnant
que ce tramway ne marche pas avec les deux perches sur le fil et
qu'il ne passe pas dans plus de six pouces d'eau  bien entendu, il est
aussi dit qu'on ne doit pas parler au garde-moteur. On part, à vitesse
bien modérée puisqu'il faut ralentir à chaque croisement de rues; à la 48e
avenue, on s'arrête presque à l'aiguillage de la voie d'évitement (on
n'est pas chanceux aujourd'hui, puisqu'à l'occasion on y a déjà vu un gros
tramway rouge stationné ici un "Tower Car" comme on a entendu dire les
aînés) puis on accélère sur ce qui deviendra plus tard la 4e avenue. Un
virage et nous voilà sur Broadway où nous arrêtons à quelques pieds du
1432, un LACHINE 91, qui attend notre arrivée. C'est un bien plus gros
tramway celui-là, vert et crème, un équipage de deux hommes, le gros phare
à l'avant et même la lanterne rouge accrochée à l'arrière. Quittant momentanément
son poste de perception, le conducteur se dirige vers la fenêtre
arrière qu'il ouvre; tenant la corde de la perche d'une main et actionnant
celle du signal de l'autre, il guide le tramway à reculons sur la 44e
avenue.

La manoeuvre terminée, on reprend Broadway, la 34e avenue, puis la rue
Notre-Dame. Arrive le secteur de la 29e avenue et les voies convergent en
une voie simple pour le croisement des voies du Canadien National menant au
QUAI DE LACHINE. On reprend avec précaution la voie double, gravissant la
pente en face des fabriques de vins CHATEAUGAY et T .G. BRIGHT, arrivant
quelques minutes plus tard à la 21e avenue. A cet endroit, plusieurs facteurs,
 avec leurs lourds sacs de courrier, montent à bord par la porte
avant et prennent place à l'arrière du garde-moteur (dans ce temps-là une
entente avec la Compagnie des Tramways assurait le passage gratuit aux facteurst
policiers et pompiers en uniforme). Quelques minutes et nous sommes
au MARCHE DE LACHINE où plusieurs voyageurs font la correspondance avec le
"90", l'autobus LACHINE-MONTREAL WEST. Il ·est intéressant de noter ici que
ce circuit d'autobus est un des premiers établis par la Montreal Tramways,
datant du 6 août 1925. Peu à peu la rue Notre-Dame s'anime et nous
traversons le secteur commercial, le magasin à rayons J. A. BERGEVIN,l'épicerie
JOS. DUBOIS, la PHARMACIE LEWIS . Nous voici à la 6e avenue.
Après avoir pris quelques passagers, nous croisons cette artère; à ma
droite, un gros autobus gris en stationnement attire mon attention; c'est
monsieur Riendeau de St-Rémi qui effectue la navette entre Lachine et la
réserve indienne de Caughnawaga.
Après avoir passé la voie d'évitement à l'entrée des grands bureaux et ateliers
de la DOMINION BRIDGE, nous effectuons un virage et nous dirigeons
vers le nord, longeant les ateliers et grues aériennes de la compagnie, sur
ce qui était jadis la 5e avenue. Plus tard, la compagnie aura besoin du
terrain pour agrandir ses installations et les voies de tramways seront déplacées
vers la 6e avenue. Il n'était pas rare d'observer une ou deux
petites locomotives de manoeuvre à vapeur circulant à l'intérieur des
immenses cours. La gare Dominion, puis voici sur la voie privée; un arrêt
à la 1ere avenue et on accélère, passant en route sous le viaduc en pierre
du CPR et le vieux pont en "s" menant à Ville St-Pierre, Rockfield, l'usine
de goudron FLINKOTE (j'apprendrai plusieurs années après que ce fut déjà
une remise de tramways au début du siècle.)

Juste à côté, c'est la sous-station électrique avec sa voie de virage (vous
savez ce que cet édifice abrite de nos jours  La Brasserie du Cordon).
On traverse la 5e avenue, l'artère principale qui mène au Pont Mercier, à
Beauharnois et Valleyfield puis on s'arrête à l'abri ST-PIERRE-AUX-LIENS.
Les portes se referment et là l'accélération semble être plus rapide alors
que le gros tramway prend de la vitesse. Pour la première fois depuis le
départ du point terminus on sent et on voit qu'on roule vite . Le bruit
des roues et des engrenages, les courroies qui balancent, etc.  Les petits
abris vert et blanc défilent on passe les grands ateliers de la CANADIAN
CAR & FOUNDRY. Bien entendu, on rencontre régulièrement d'autres "p'tits
chars", même un interminable convoi de marchandises qui sort de la COUR
TURCOT, cependant, ça fait beaucoup à voir en même temps pour des petits
yeux d'enfant! Une chose bien claire dans ma mémoire, les tramways sont
tous de la même série, tous des 1400's. Après avoir passé MONTREAL WEST,
le percepteur quitte son poste et avec sa petite boîte portative, il se
dirige vers l'avant afin de procéder à la perception du "billet de la
ville", car le tarif de zone existait à cette époque. Ceci fait, il remet
à chacun un reçu et/ou une correspondance , un "transfer" comme on dit.
Tout en parcourant ce secteur, on peut voir les installations de la LASALLE
COKE, où le charbon est déchargé des bateaux par un grosse grue en bordure
du canal et transporté vers l'intérieur par des petits wagons qui circulent
sans interruption, comme un jeu avec mouvement à ressort! La petite
RIVIERE ST-PIERRE qui sillonne aussi le secteur, susciterait bien des problèmes
pour le Ministère de l'Environnement de nos jours si on en juge à
la couleur de son eau.

Alors que nous circulons à grande vitesse, un "BANG" sec se fait entendre
en même temps qu'on aperçoit un éclair bleu provenant de la grosse boîte
noire au-dessus du poste de conduite , le garde-moteur, qui ne semble pas
à sa première expérience du genre, lève le bras bien calmement et replace
la manette comme si ce n'était de rien .  Plusieurs années après, lorsque
j'aurai été initié plus profondément aux tramways et à leur fonctionnement
lors d'excursions de l'Association Canadienne d'Histoire Ferroviaire
(CRRA), j'apprendrai que c'était la fusible principale qui faisait des
siennes, la "LINE FUSE"!.
Vis-à-vis la COUR TURCOT, nous ralentissons à un endroit où une voie d'évitement
croise celles des tramways puis un peu plus loin un embranchement
qui a la particularité d'être électrifié sur une partie de sa longueur en
direction d'un des ateliers de la CANADIAN CAR dans le secteur. A quelques
occasions, lors du déplacements antérieurs, j'ai remarqué le "3017" et son
omni-présent wagon-plat, attendant la voie libre· avec un chargement de
roues et autres pièces de matériel. Pour les habitués, ce gros tramway gris
c'est le "CHAR DES MAGASINS"; c'est toujours intriguant de voir le serrefrein,
assis sur un petit banc en plein air, à l'arrière du wagon-plat. Le
secteur habité approche et quelques minutes plus tard le pavage de la rue
Notre-Dame ouest. Bientôt c'est le Chemin de la Côte St-Paul d'où vont et
viennent les tramways 25 et 36 en provenance du dernier endroit et de Ville
Emard. Nous sommes en ville, mais pas encore à destination, il reste beaucoup
de chemin à faire.
Sous les voies du CN puis on continue sur cette artère à travers le quartier
St-Henri dont on peut apercevoir la gare, du haut du viaduc passé le
CINEMA CARTIER; suivent des établissements qui semblent avoir toujours eu
pignon sur rue comme le magasin LALIBERTE et le SYNDICAT ST-HENRI. Arrêt à
la rue Atwater, cette voie principale reliant la métropole à Verdun à distance,
le MARCHE et le pont-tournant qui enjambe le canal. De nombreux autobus
y circulent, la plupart, des gros "MACKS", sur les circuits ATWATERLASALLE
8 et BALLANTYNE 8A.
Plus loin, on passe de grosses industries, STEELCO et autres, la rue des
Seigneurs pour enfin arriver à la rue Colborne et aux brasseries. A partir
de cet endroit, plusieurs autres circuits de tramways rejoignent la rue
Notre-Dame avec tous la même destination, la PLACE D'ARMES. A gauche, la
GARE BONAVENTURE, la GARE CHABOILLEZ (qui de nos jours a fait place aux
PLANETARIUM DOW et aux voies d'accès à l'Autoroute Ville-Marie), puis la
petite rue des Inspecteurs; petite rue mais fort occupée si on s'arrête à
compter les tramways qui y passent presqu'en procession!

C'est la rue McGill. Oh!  le beau tramway moderne qui attend pour traverser
l'intersection, on dirait un. autobus; non, c'est un "OUTREMONT" comme
un voyageur mentionne à un voisin. En écoutant plus attentivement la conversation,
j'apprends qu'il s'agit d'un "PCC" et qu'il n'yen a que 18 du
genre à Montréal. A partir d'ici la rue devient plus étroite, la voie est
simple et la vitesse très réduite, même s'il n'y a pas beaucoup d'automobiles.
On est rendu . PLACE D'ARMES, dommage qu'à cette époque'je n'ai pas encore
de caméra car j'aurais l'embarras du choix, parce que des tramways il y
en a ici plus que mes yeux peuvent en voir. Même si maman tente de faire
un peu d'histoire en nous indiquant l'église NOTRE-DAME, l'édifice ALDRED
et autres, mes regards sont portés bien plus vers tous ces tramways et les
différents numéros et noms de routes qu'ils arborent; ça correspond avec ce
que j'ai appris! Traversant la place, nous prenons un AMHERST 1 qui nous
amènera à destination en passant par la côte GOSFORD, la rue CRAIG,
aujourd'hui St-Antoine  et la rue Amherst jusqu'à Ste-Catherine.

Le magasin DUPUIS est à quelques pas et nous y entrons, c'est grand ici
plus grand que l'école. Bien entendu, mon frère et moi voulons bien voir
le rayon des jouets mais nous ne sommes pas venus pour cela. Nous nous
faisons dire que ce n'est pas le Temps de Noël et que nous y reviendrons
plus tard si on a le temps, ce qui présage mal! Le système de communication
par tuyaux et succion d'air me fascine, de même que les ascenseurs.
Je remarque le préposé en uniforme qui ouvre et ferme la grille protectrice
et actionne un contrôleur presque que comme dans le tramway. Vers
l'arrière du magasin, je vois les portes, avec les losanges rouges dans la
partie vitrée, qui mènent à une salle d'attente; je reconnais l'endroit,
c'est là où on arrête lorsqu'on prend l'autobus PROVINCIAL pour se rendre
chez nos grands-parents, à St-Hubert.
Les emplettes terminées, on entreprend le chemin du retour.  Comme notre
gùide n'est pas familière avec la grande ville et qu'elle ne connait qu'un
seul parcours, on revient vers la Place d'Armes comme on y était parti
quelques heures auparavant, le tramway numéro 1. Cette fois-ci c'est un
véhicule crème comme les autres, mais à l'intérieur c'est bien différent,
les sièges sont en cuir brun et combien confortables; malheureusement,
notre ballade ne sera pas longue puisque le tramway gravit bientôt la pente
Gosford, s'engage rue Notre-Dame, la PETITE RUE ST-JACQUES . On arrive.
En traversant la place, cette fois-ci je porte plus attention au monument
et réalise que c'est celui qui apparaît dans une des illustrations de mon
manuel d'Histoire du Canada. Les tramways défilent devant nous alors que
nous attendons notre LACHINE 91. Il y en a un qui vient,  facile à
reconnaître même de loin avec son gros phare à l'avant. Le 1428 s'arrête
et nous montons à bord. Comme les banquettes avant sont déjà occupées,
nous prenons place sur un des grands bancs longitudinaux; quelques minutes
d'attente, ATTENTION AUX PORTES/MIND THE DOORS" lance le conducteur et
c'est le départ. Voie simple sur la rue St-Jacques, jusqu'à McGill, ici
aussi on dirait une parade de "p'tit chars", surtout avec la vitesse
réduite. A la PETITE RUE CRAIG, un tramway qui vient du TERMINUS converge
sur notre parcours et nous le suivrons sur une bonne distance. Nous
passons la GARE BONAVENTURE, tout à côté cette fois-ci, puis sous les
viaducs en métal des rues De la Montagne et Guy. C'est très industriel par
ici, on est plus en mesure d'observer le faisceau des voies se rendant à la
gare, les nombreux passages à niveau avec garde-barrières, mais en
approchant ATWATER, on commence à remarquer des maisons à logements
multiples et quelques églises.Nous arrivons à PLACE ST-HENRI (quel
contraste avec notre époque, l'imposante église et le collège ont cédé leur
place à la grande polyvalente; la caserne d'incendie est toujours là
cependant). Le· "31" qui nous précédait depuis presque le centre-ville
continue sa route tandis que nous prenons l'aiguillage. Après l'arrêt
réglementaire, nous traversons les voies ferrées et rejoignons la rue
Notre-Dame, le tunnel, puis De Courcelles, St-Rémi passent. Au chemin de
la Côte St-Paul, le tramway s'immobilise et l'équipage en descend pour se
diriger vers un bureau d'où sortent deux autres "conducteurs" prêts à
entreprendre leur quart de travail (la MTCo maintenait un dépôt de vente de
billets et une salle pour les employés à l'endroit où s'établit plus tard
le magasin de meubles B & N).
Pendant cette intermission, je remarque un tramway qui s'engage du Chemin
de la Côte St-Paul en direction de Lachine. Le 1358 attire mon attention
parce qu'il n'a pas de phare avant, même pas la boule noire qui retient la
corde de la perche à l'arrière. Ses rouleaux-indicateurs se lisent "NOTREDAME-
EX"; il n'ira pas plus loin que la Dominion Bridge d'où il reviendra à
Montréal. L'heure de. pointe se prépare!
Cette pause me permet aussi d'apprécier un son bien particulier que j'ai
remarqué depuis notre départ . Le bruit du compresseur qui refait le
plein d'air. "CHUFF", le garde-moteur désengage les freins et le gros
tramway reprend sa route. Quelques minutes plus tard on a laissé la ville
derrière et repris la campagne  sur la voie privée. On arrête à toutes
les petites stations, TURCOT EST, TURCOT, AERO, etc. Du côté de la COUR
TURCOT, on voit toujours cette fumée qui s'échappe de la gigantesque rotonde
et plus près, deux locomotives noires  qui ne font pas de fumée
celles-là. Ce sont des motrices électriques qui attendent l'arrivée du
prochain convoi long-courrier de voyageurs pour l'acheminer vers la
"nouvelle Gare Centrale"
En approchant des limites de la zone tarifaire, comme à l'aller, le percepteur
quitte son poste et commence sa "collecte" en partant de l'avant.
MARCHAND, le tramway s'immobilise et un voyageur debout sur la plate-forme
arrière ouvre la porte à quelques travailleurs qui s'apprêtent à monter,
quelle stupéfaction, ces gens-là ne déposent pas leur billet dans la
botte. Mes doutes sont vite élucidés alors que le conducteur-percepteur se
rapproche de son poste et que ces personnes n'échappent pas au règlement.
Depuis notre départ de Montréal, que j'observe des vieilles correspondances
et reçus sous les banquettes opposées . Que ces documents seraient donc
précieux lorsqu'avec mon frère et les amis, nous jouons au "p'tit char"avec
les chaises de la cuisine. Trop gêné, cependant, pour les ramasser,
j'encourage mon frère à le faire et bien entendu, il s'exécute. Quelle
surprise m'attend à la maison. Prochain arrêt ST-PIERRE quel embouteillage
dans ce secteur, le pont-levis du canal est ouvert pour laisser passer un
bateau rouge et blanc de la CANADA STEAMSHIP LINES et comme on peut l'imaginer,
autos, camions et autobus attendent sur une longue distance en
retrait du passage à niveau du CN. Les problèmes de circulation à l'approche
du Pont Mercier, ce n'est pas récent; de nos jours ça bloque sur les
voies étagées et les bretelles d'accès.  Dans ce temps-là c'était au
niveau du sol.

En route . C'est Rockfield et la lere avenue, puis l'arrivée à la rue
Notre-Dame; le 1358 qu'on avait vu tout à l'heure se prépare à quitter la
voie d'évitement de la Dominion Bridge, bondé de travailleurs retournant à
la maison. L'activité sur l'importante artère commerciale diminue à mesure
que nous nous éloignons du centre des affaires. 18e avenue, l'imposante
bâtisse SAXONIA FRUITS, tout semble tranquille du côte de la traverse de
chemin de fer, le garde-barrières vigilant observe de sa petite cabane surélevée.
Plus loin, à distance on distingue déjà les hautes glacières O.
BELANGER & FILS.
A la 25e avenue, voyant cet endroit maintenant libre (je devrais dire
"enfin"), je vais me tenir debout dans l'espace à la gauche du garde-moteur.
Une place de choix pour une bonne vue avant et pour observer les
manoeuvres. C'est impressionnant pour un jeune de voir tout cela de si
près, le contrôleur, les freins, la pédale qui actionne la cloche, etc. et
même de constater que le tramway fonctionne tout seul, puisqu'à certains
moments le garde-moteur ne touche pas aux manettes et le véhicule avance
toujours!
L'HOPITAL GENERAL, l'épicerie THOUIN sur le coin. Après l'arrêt, on vire
à droite sur la 34e avenue puis la rue Broadway, reconnue à cette époque
comme un des plus belles rues de Lachine avec ses grosses maisons, les
arbres et la verdure . Le bout de la ligne approche. Tout en roulant le
garde-moteur en profite pour placer le rouleau-indicateur à "PLACE D'ARMES"
en vue du voyage de retour. Au loin, on peut voir la silhouette du LACHINE
EXTENSION 92 qui attend patiemment l'arrivée des tramways de Montréal et
les quelques voyageurs qui continueront leur périple à son bord. Une légère
bifurcation et nous voici sur la voie simple, pour s'arrêter à quelques
pieds du 2001. A peine ses derniers passagers descendus, et quelques autres
qui y ont pris place, le gros tramway vert engage la manoeuvre de
virage et repart de suite pour la ville; était-il en retard sur son horaire
on ne le saura jamais!

La randonnée à bord du "92" n'est pas bien longue, néanmoins elle est si
pittoresque à travers les champs, alors que sur le parcours qui deviendra
plus tard la 45e avenue, le tramway roule à bonne vitesse entrainant un
mouvement transversal très prononcé. Quelqu'un mentionne l'expression
"BOITE A SAVON" en parlant du tramway, plus tard je réaliserai que ce titre
dont on avait affublé le petit "BIRNEY" qui effectuait auparavant ce circuit,
probablement à cause de son peu de confort, s'était transmis à son
successeur, même s'il représentait une amélioration incomparable.
Ca y est. On est arrivé et il est temps puisque la fatigue s'est emparée
des deux gamins et qu'en plus de porter les sacs d'emplettes les plus
lourds, maman a peine à apaiser nos tempéraments qui s'échauffent, pour des
riens comme à l'accoutumée . La marche nous tranquillisera! On passe en
bordure du golf (ROYAL MONTREAL) puis les champs en culture de monsieur
Avila Décary. Oui, on cultivait dans Dorval et le laitier St-Onge livrait
ses produits avec une voiture à traction animale à cette époque-là.
En descendant la côte à la Grève Décary (aujourd'hui l'avenue Sévigny), un
autre point d'intérêt pour moi alors que vient un gros autobus orange et
noir de la CTP se dirigeant vers la ville, il est fascinant ce 307 avec le
devant plat, l'inscription STE.ANNES-MONTREAL sur son rouleau, le portebagages
sur le toit, etc. Plus tard, lorsque j'approfondirai mes connaissances
sur le sujet, j'apprendrai que ce modèle d'autobus était communément
appelé un ''pusher'' . L'expression n'avait pas la même signification qu'on
lui donne de nos jours, c'était plutôt parce qu'il représentait un des
premiers modèles sur lequel on avait commencé à installer le moteur à
l'arrière.
Enfin la maison. Ce fut toute une journée car nous étions partis très
tôt, près de deux heures pour se rendre à destination, autant pour le
retour. C'est vrai qu'à cet âge-là on sent moins la fatigue et on récupère
très vite! Après le souper, je m'affaire à déplier mes nombreuses correspondances
ramassées pour jouer au tramway .Comme si ce ne fut pas assez
de la presque totalité de la journée passée à voyager. Quelle épreuve pour
mon petit coeur d'enfant voilà que maman vient me confisquer le précieux
butin, insistant sur le fait que ces petits bouts de papiers, pourtant bien
inoffensifs à mes yeux, ne sont pas propres, que toute sorte de gens les
ont manipulés, qu'ils ont traînés par terre, qu'ils sont porteurs de microbes,
etc. C'est bien à regret que je dois les rendre; cependant, ce n'est
que partie remise,· on recommencera et tentera notre chance au prochain
voyage en tramway.

Que de souvenirs ce voyage effectué il y a maintenant plus de quarante ans
me rappellent et certainement à plusieurs d'entre vous aussi qui l'avez
effectué maintes fois peut-être, en entier ou sur une partie du parcours.
Quoique certains secteurs soient demeurés presqu'inchangés comme l'ancienne
caserne de pompiers à STONEY POINT, ou la rue Notre-Dame dans les environs
de la 27e (saviez-vous qu'un des gros poteaux métalliques qui retenait les
fils du tramway LACHINE EXTENSION est toujours là; aujourd'hui, il justifie
sa présence en supportant des feux de circulation); combien d'autres choses
ont disparu ou changé du tout au tout. Les personnes ont changé aussi,
cependant tenons-nous en seulement aux transports en commun; d'abord le
bons vieux tramways ont cédé progressivement la place à l'autobus, 1952 sur
le parcours du LACHINE EXTENSION, 1954 jusqu'à la 6e avenue et finalement
dans la nuit du 10 août 1958 alors que 2650 a pris le chemin de Montréal
pour la dernière fois. Cet événement marquait aussi la mise au rancart
définitive des tramways nécessitant un équipage de deux personnes sur le
réseau de la CTM. Les trains de banlieue ont changé aussi, le petit train
du Canadien National avec ses voitures en bois remorquées par la locomotive
à vapeur 47 ou la 49 n'est plus depuis bien longtemps, même la voie ferrée
a fait place à un boulevard depuis près de vingt-cinq ans; les autobus
PROVINCIAL ne passent plus en direction de Pointe-Claire ou Ste-Anne-deBellevue
et, après tant d'années d'attente et de spéculations, les
services d'autobus de la STCUM ont été prolongés dans notre ville (et dans
tout le reste du West Island) le 10 novembre 1980 avec un terminus qui
bourdonne d'activité. Un service express amène les voyageurs directement
de Dorval à la station de métro LIONEL GROULX en moins de vingt minutes
(quel contraste avec le périple d'il y a quarante ans): au printemps dernier
on faisait l'essai de longs autobus articulés (des "duplex" à la
moderne, vous vous rappelez les tramways 2500 et 2501) afin d'en augmenter
la capacité. Au cours de l'été on a entrepris la construction d'une nouvelle
gare/terminus afin d'intégrer pleinement les services de trains de
banlieue et d'autobus du secteur.
Que nous réserve l'avenir;
qui vivra,verra...
quand2001.gif

ABREVIATIONS ET NOTES EXPLICATIVES:

CTP                La compagnie de Transport Provincial
                        Provincial Transport Company (PTC)
                        l'ancêtre de VOYAGEUR.

"Tower car"   Tramway de service avec plate-forme élevée pour la
                        construction et l'entretien des fils électriques
                        aériens au réseau de transport .Indispensable dans
                        les secteurs où les voies étaient hors-rue.

RIENDEAU    Horace ou ST-REMI AUTOBUS LTEE, compagnie de
                        transport acquise par C. MONETTE & FILS, AUTOBUS
                        (DELSON) LTEE en 1953 et service maintenu sur ce
                        parcours jusqu'au début des années 1980.

CPR               Canadian Pacific Railway
                        Canadien Pacifique
                        De nos jours CP RAIL.

1400's            Groupe de tramways (numéros 1325-1524) acquis par la
                        MTCo entre 1913 et 1917; les véhicules de cette série
                        affectés au circuit LACHINE 91 ont parcouru les neuf
                        milles séparant Stoney Point de la Place d'Armes sur
                        une base presque quotidienne du mois d'avril 1931
                        jusque vers le milieu de 1957. La moitié de la
                        commande avait été exécutée par la Canadian Car &
                        Foundry Limited, dans un de ses grands ateliers
                        attenant à la voie de tramways.

CRRA             Canadian Railroad Historical Association.


CN ou CNR   Canadian National Railways
                        Canadien National ou Chemins de Fer Nationaux
                        du Canada.

"MACK"         Séries d'autobus de différents modèles et capacités
                        portant les numéros 800-804, 810-887 acquis par la
                        MTCo entre 1936 et 1942 et utilisés sur ces circuits
                        empruntant la côte de la rue Atwater.

PCC               Presidents's Conference Committee; dix-huit tramways
                        modernes livrés à la MTCo en 1944 (numéros 3500-3517)
                        et utilisés exclusivement sur le circuit OUTREMONT 29
                        jusqu'en 1958 .Transférés aux lignes Delorimier et
                        Rosemont jusqu'à la fin de l'époque des tramways, le
                        dimanche 30 août 1959.

"31"                Circuit de tramway ST-HENRI - N.D.G.

MTCo              Montreal Tramways Company
                         La Compagnie de Tramways de Montreal
                        1911-1951 .L'ancêtre de la CTM et de la STCUM.

SAXONiA FRUITS L'emplacement actuel de la Résidence funeraire
                        BOURGIE angle Notre-Dame et la 18e avenue.

"BIRNEY"        Du nom de son concepteur, petit tramway à boggie
                        simple (quatre roues) et à conduite bi-directionnelle
                        dont quatorze exemplaires furent acquis de Détroit,
                        Michigan (E.-U.) par la MTCo en 1924; utilisé
                        jusqu'au début des années 1940 sur le circuit LACHINE
                        EXTENSION 92.

307                  Autobus moyen et long-courrier quarante et un sièges,
                        modèle 742, fabriqué par Yellow Coach Corporation;
                        livré à la CTP en 1939 et utilisé jusqu'en 1956.

47 - 49            Petites locomotives à vapeur du Canadien National,
                        type 4-6-4T, classe X-10-A, numéros 45-50, à tender
                        intégré au châssis principal et munies de dispositifs
                        pour la conduite bi-directionnelle .Dispensant des
                        manoeuvre de virage en bouts de ligne. Construites
                        en 1914, elles furent utilisées sur la ligne du
                        "Lakeshore" jusqu'en avril 1959 alors que les diésels
                        vinrent les déloger.

"duplex"         Tramways à deux voitures reliées par une articulation
                        pivotante permettant le passage d'une à l'autre;
                        acquis à titre expérimental par la MTCo en 1928 et
                        utilisés sur les circuits STE-CATHERINE et WELLINGTON
                        jusqu'à la fin de l'année 1952.




PAGE COUVERTURE: Tramway LACHINE 91 passant sous le viaduc du Canadien
Pacifique à Rockfield, en route vers Montreal.
Photo: Jim Shaughnessy, tirée du volume THE TIME OF THE TROLLEY, William
D. Middleton, 1967.
D.L. 86.11.15

Date de création : 21.03.2008 : 15:23
Dernière modification : 04.02.2010 : 10:31
Catégorie : Capsules historiques
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